L'histoire d'une vie

De Douala à l’Éternité (1951 – 2025)

Origines familiales et enfance

Georges Anicet Ekane naît le 17 avril 1951 à Douala, dans une famille nombreuse organisée selon la tradition polygamique. Son père, Ekane Mbongo Frédéric, chef comptable à la Compagnie soudanaise et militant de l’Union Nationale Camerounaise (UNC), était originaire de Bomono Gare
de Bonangem. Sa mère, Wondje Elombo Thérèse, troisième épouse de son père, venait de Bomono Ba Mbengue de Bon’Elombo.

Du côté paternel, la famille comptait vingt-deux enfants, répartis entre quatre unions : onze filles et onze garçons. Georges Anicet Ekane était le huitième enfant de son père et le deuxième de sa mère. Celle-ci donna naissance à onze enfants, dont l’un décéda prématurément.

L’événement fondateur : l’exécution d’Ernest Ouandié

En janvier 1971, à Bafoussam, Georges Anicet Ekane assiste à l’exécution publique d’Ernest Ouandié, dernière grande figure active de la lutte clandestine de l’UPC.


Ce moment fut déterminant. Pour le jeune qu’il était, il ne s’agissait pas seulement de la disparition d’un homme, mais de l’aboutissement tragique d’un combat pour la souveraineté nationale. Cette
scène marqua profondément sa conscience politique. Elle renforça en lui l’idée que la liberté et la justice exigent des sacrifices et que certains engagements traversent les générations.


À partir de cet instant, son orientation politique ne sera plus hésitante. Il s’inscrira durablement dans la continuité des combats portés par les figures historiques de l’UPC.

Formation académique et années françaises

Après ses études secondaires au Lycée Joss puis au Collège Alfred-Saker à Douala, il poursuit sa formation en France. Il étudie au Collège Saint-Pierre à Lille, puis à l’Université Lille-I et à l’École supérieure de commerce et d’administration des entreprises.


Il se spécialise en économie et en administration. Cette formation lui donne les outils nécessaires pour analyser les politiques publiques, comprendre les mécanismes économiques et développer une critique argumentée des choix gouvernementaux au Cameroun.


Arrivé en France dès 1971, il s’intègre progressivement aux réseaux étudiants camerounais engagés. C’est dans cet environnement qu’il consolide sa conscience politique et qu’il développe des liens durables avec d’autres militants.

Engagement militant en France (1972–1982)

En 1972, il rencontre à Lille celle qui deviendra sa première épouse. Leur relation repose sur un engagement commun. Mariés civilement en décembre 1976, ils auront deux enfants. Leur union fut marquée par une forte implication politique partagée.

La même année, il rejoint l’Union nationale des étudiants du Cameroun (UNEC), organisation reconnue en France mais critique envers le régime camerounais. En 1974, il intègre le MANIDEM (Manifeste national pour l’instauration de la démocratie), lancé par l’UPC sous la direction de Woungly-Massaga et Michel Ndoh.

Il suit une formation idéologique approfondie portant sur le socialisme, l’analyse des luttes de classes et même une formation paramilitaire. Son engagement s’articule autour de trois axes principaux : mobiliser la diaspora camerounaise, défendre la libération des prisonniers politiques et dénoncer le régime d’Ahmadou Ahidjo.

Il participe à la rédaction et à la diffusion du journal militant La Voix du Cameroun, aux côtés notamment de Suzanne Kala-Lobé. Lorsque l’UNEC est dissoute en 1977 sous pression diplomatique, il opère sous couvert de l’association sportive camerounaise à Lille, association qu’il a créé autour des années 1975, afin de maintenir les réseaux militants. Le sport devenait ainsi un moyen indirect de préserver l’organisation et la solidarité.

Retour au Cameroun et clandestinité (1983–1990)

En avril 1983, après la transition présidentielle de 1982, il rentre au Cameroun. Dès 1984, il reprend la lutte politique de manière active et parfois clandestine. Il distribue des tracts, diffuse des journaux
critiques et participe à des réunions nocturnes.

En février 1989, il cosigne avec huit autres personnalités dont Henriette Ekwe, une lettre ouverte adressée au président Paul Biya, présentant les attentes des camerounais. La lettre est interceptée et ses signataires arrêtés. L’affaire sera connue sous le nom d’« Affaire Yondo Black et autres », impliquant notamment Yondo Black, alors bâtonnier à cette époque.

En 1990, à l’issue d’un grand procès au tribunal militaire de Yaoundé, il est condamné à une peine plus lourde que celle de Yondo Black. Il est finalement libéré six mois plus tard, dans un contexte de pressions et d’ouverture démocratique.

Multipartisme et mobilisations des années 1990

L’instauration du multipartisme au début des années 1990 marque un tournant décisif dans la vie politique camerounaise, et dans celle d’Anicet Ekané. À sa sortie de prison, après sa condamnation en 1990, il découvre que le paysage politique a profondément changé. Le multipartisme est désormais reconnu, et l’UPC, parti historique auquel il s’identifie depuis toujours, a un secrétaire général officiellement installé : Augustin Frédéric Kodock.

Selon le témoignage de sa première épouse, ce moment fut particulièrement marquant pour lui. Lorsqu’il sort de prison et constate que l’UPC est déjà dirigée par Frédéric Kodok, il ne renonce pas pour autant à son engagement. Bien au contraire. Même s’il ne détient plus de position officielle au sein du parti, il continue d’agir, souvent dans l’ombre, au nom de l’UPC et de ses idéaux. Il oeuvre clandestinement, convaincu que le combat pour lequel il a tant sacrifié ne doit pas s’arrêter, quelles que soient les circonstances.

Le MANIDEM et les candidatures aux présidentielles

En 1995, il fonde le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (MANIDEM), héritier politique de l’UPC. Il en sera président de 1995 à 2009 puis de 2018 à 2025.

Le parti se réclame des idéaux de Ruben Um Nyobé, Félix Roland Moumié et Ernest Ouandié, prônant la souveraineté réelle du Kamerun, la justice sociale et la démocratie participative.

Candidat à l’élection présidentielle du 11 octobre 2004, il obtient 0,35 % des voix (13 290 suffrages) et se classe 11ᵉ sur 16 candidats. En 2011, il se présente à nouveau et recueille 0,22 % des voix (11 049 suffrages), se classant 16ᵉ sur 23 candidats. Son slogan, « Faire mieux qu’en 2004»,
traduisait sa volonté d’inscrire durablement son courant politique dans le paysage national.

Vie familiale et personnalité

Après sa séparation respectueuse au début des années 1990, il se remarie et aura deux enfants avec sa deuxième épouse. Il aura également un enfant avec l’une de ses compagnes et adoptera l’enfant de celle-ci.

Au-delà du militant, il était un père présent, attentif et affectueux. Sa fille adoptive témoigne d’un homme profondément aimant, qui ne faisait aucune distinction entre les enfants. Il aimait les moments simples : cuisiner du riz sauté accompagné de sardines, partager des discussions spontanées, rire sans formalisme.

Ancien servant d’église dans sa jeunesse, il évoquait cette période avec humour. Il avait évolué vers une posture plus distante vis-à-vis de la religion, mais gardait une forme de spiritualité personnelle.

Sa fille adoptive le décrit d’un mot : « soleil ». Un homme capable d’apporter lumière et calme, même dans les moments difficiles.

Arrestation et derniers instants

Les circonstances de la dernière arrestation d’Anicet Ekané sont relatées avec émotion par sa petite soeur, dont le témoignage éclaire d’un jour particulièrement poignant les derniers événements de sa vie. Selon elle, tout commence par l’arrestation de son neveu. Ce dernier aurait été interpellé par les forces de l’ordre et soumis à de fortes pressions afin qu’il révèle le lieu de résidence d’Anicet Ekané. Malgré les menaces, le jeune homme refuse de livrer l’information.

Informé de la situation, Anicet Ekané décide alors de se rendre lui-même à la gendarmerie pour récupérer son neveu. Fidèle à son caractère, il ne se cache pas et n’envoie personne à sa place. Il se présente en personne, assumant pleinement ses responsabilités familiales. Mais une fois sur place, la situation bascule : au lieu d’obtenir la libération de son neveu, il est lui-même interpellé puis arrêté. Il est ensuite conduit au Secrétariat d’État à la Défense à Yaoundé.

Chronologique essentielle

17 Avril 1951

Naissance à Douala.

Janvier 1971

Exécution d’Ernest Ouandié à laquelle il assiste.

1971

Arrivée en France.

1972

Rencontre avec sa première épouse ; intégration à l’UNEC.

1974

Adhésion au MANIDEM.

Décembre 1976

Mariage civil en France.

1977

Dissolution de l’UNEC.

Avril 1983

Retour au Cameroun.

1984

Reprise active de la lutte politique au Cameroun.

Février 1989

Signature de la lettre ouverte au président Paul Biya.

1990

Procès militaire et condamnation ; libération quelques mois plus tard.

1992

Engagement dans la Coordination de l’opposition et crise post-électorale.

1995

Création du MANIDEM.

2004

Candidat à la présidentielle.

2011

De nouveau candidat à la présidentielle.

Juin 2025

Retrait temporaire du Groupe de Douala.

Août 2025

Intervention devant le Conseil constitutionnel.

12 Octobre 2025

Élection présidentielle camerounaise.

24 Octobre 2025

Arrestation à Douala.

1er Décembre 2025

Décès à Yaoundé.

Héritage et transmission

L’héritage d’Anicet Ekané se situe à la croisée de deux dimensions indissociables : l’homme politique engagé et l’homme naturel, avec ses élans, ses passions et ses contradictions.

Sur le plan politique, il laisse l’image d’un militant constant, qui n’a jamais cessé d’agir, même dans l’adversité. Arrestations, prison, recompositions internes, rejets de candidatures ou désillusions n’ont pas entamé sa détermination. Jusqu’aux derniers mois de sa vie, il a continué à prendre position, à structurer des stratégies et à soutenir des candidatures qu’il estimait porteuses d’un changement démocratique. Son héritage politique est celui de la persévérance et du courage, mais aussi d’une fidélité à ses convictions, quelles qu’en soient les conséquences.

Origines familiales et enfance

Georges Anicet Ekane naît le 17 avril 1951 à Douala, dans une famille nombreuse organisée selon la tradition polygamique. Son père, Ekane Mbongo Frédéric, chef comptable à la Compagnie soudanaise et militant de l’Union Nationale Camerounaise (UNC), était originaire de Bomono Gare de Bonangem. Sa mère, Wondje Elombo Thérèse, troisième épouse de son père, venait de Bomono Ba Mbengue de Bon’Elombo.

Du côté paternel, la famille comptait vingt-deux enfants, répartis entre quatre unions : onze filles et onze garçons. Georges Anicet Ekane était le huitième enfant de son père et le deuxième de sa mère. Celle-ci donna naissance à onze enfants, dont l’un décéda prématurément.

Malgré la taille de la famille et sa structure complexe, l’ambiance générale était décrite comme relativement harmonieuse. Le père exerçait une autorité ferme. Par exemple, les repas étaient pris collectivement et l’absence à table signifiait la privation du repas. Cette rigueur a marqué l’enfance d’Anicet et lui a inculqué discipline et sens des responsabilités. Une anecdote racontée par sa petite soeur Gertrude, illustre cette période : lorsqu’il s’absentait pour jouer, le jeune Anicet lui demandait de garder sa part de nourriture afin qu’il ne soit pas privé. 

Car il aimait profondément jouer, et le football occupait une place essentielle dans son enfance et son adolescence. Il pouvait passer des heures à courir derrière un ballon, trouvant dans ce sport un espace de liberté, d’expression et de camaraderie. Cette passion pour le football reflétait déjà son goût pour l’effort collectif, la stratégie et la solidarité. 

Enfant calme, réfléchi et observateur, il se distinguait par une intelligence vive et une grande capacité d’analyse. Très tôt, il manifesta un attachement fort à la justice et une sensibilité particulière face aux inégalités. Il ne supportait pas l’injustice et s’interrogeait souvent sur les raisons des déséquilibres qu’il observait autour de lui.

Un épisode marquant de son enfance montre aussi son imaginaire et sa conscience précoce d’une mission à accomplir. Il a un jour déclaré à sa mère qu’il était Jésus et qu’elle était Marie, venue au monde pour sauver l’humanité. Derrière les mots d’un jeune, on perçoit déjà une forme de sentiment de responsabilité envers les autres.

Multipartisme et mobilisations des années 1990

L’instauration du multipartisme au début des années 1990 marque un tournant décisif dans la vie politique camerounaise, et dans celle d’Anicet Ekané. À sa sortie de prison, après sa condamnation en 1990, il découvre que le paysage politique a profondément changé. Le multipartisme est désormais reconnu, et l’UPC, parti historique auquel il s’identifie depuis toujours, a un secrétaire général officiellement installé : Augustin Frédéric Kodock.


Selon le témoignage de sa première épouse, ce moment fut particulièrement marquant pour lui. Lorsqu’il sort de prison et constate que l’UPC est déjà dirigée par Frédéric Kodok, il ne renonce pas pour autant à son engagement. Bien au contraire. Même s’il ne détient plus de position officielle au sein du parti, il continue d’agir, souvent dans l’ombre, au nom de l’UPC et de ses idéaux. Il oeuvre clandestinement, convaincu que le combat pour lequel il a tant sacrifié ne doit pas s’arrêter, quelles que soient les circonstances.

Dans ce contexte d’effervescence politique, Anicet Ekané s’implique activement dans les
dynamiques d’opposition. Il travaille aux côtés de John Fru Ndi dans ce qu’ils appellent la
« coordination de l’opposition », une structure destinée à unir les forces contestataires face au pouvoir en place. Il joue un rôle central dans l’organisation et la stratégie de la campagne
présidentielle du chairman du Social Democratic Front en 1992. D’après sa première épouse, il n’est pas un simple collaborateur : il est l’un des artisans majeurs de la campagne, impliqué dans la mobilisation des militants, et l’animation du terrain.

L’année 1992 est également marquée par les mobilisations dites des « villes mortes », des
mouvements de protestation visant à paralyser l’activité économique pour exprimer un ras-le-bol général face au système politique. Anicet Ekané y prend une part active. Il participe aux réunions, aux stratégies de mobilisation, et encourage les militants à tenir bon malgré les risques. Son engagement est total. Il y consacre son énergie, son temps, et accepte les dangers qui en découlent.

Mais cette visibilité accrue inquiète profondément sa famille. Sa première épouse raconte qu’en
1993, voyant à quel point il était exposé, elle a commencé à craindre pour la sécurité de leurs enfants et pour l’équilibre du foyer. Elle lui a demandé de continuer à défendre ses idées, mais de le faire en retrait, sans être constamment au-devant de la scène. Elle espérait qu’il accepterait de protéger davantage sa famille, après les épreuves déjà traversées.

Cependant, Anicet Ekané, passionné par son combat politique, n’a pas prêté une oreille attentive à ces appels à la prudence. Selon les mots de sa première épouse, lorsqu’il était engagé dans une cause qu’il estimait juste, il n’écoutait plus rien. Il avançait, guidé par ses convictions, parfois au détriment de sa propre sécurité et de sa vie familiale. Cette divergence profonde sur la manière de concilier engagement et protection de la famille conduit finalement à leur séparation en 1993. Malgré cette rupture, leur relation reste respectueuse et cordiale jusqu’à la mort d’Anicet Ekané. Ils conservent un lien empreint de considération mutuelle, forgé par les années partagées et les épreuves traversées ensemble.

Cette période des années 1990 révèle toute la complexité du personnage : un homme profondément engagé, prêt à continuer la lutte même sans reconnaissance officielle, mais aussi un mari et un père dont la passion politique a eu des conséquences sur la vie familiale. Elle montre à la fois sa détermination, son courage, et les tensions intimes qu’engendre un engagement total dans un contexte politique instable et parfois dangereux.

Arrestation et derniers instants

Les circonstances de la dernière arrestation d’Anicet Ekané sont relatées avec émotion par sa petite soeur, dont le témoignage éclaire d’un jour particulièrement poignant les derniers événements de sa vie. Selon elle, tout commence par l’arrestation de son neveu. Ce dernier aurait été interpellé par les forces de l’ordre et soumis à de fortes pressions afin qu’il révèle le lieu de résidence d’Anicet Ekané. Malgré les menaces, le jeune homme refuse de livrer l’information.

Informé de la situation, Anicet Ekané décide alors de se rendre lui-même à la gendarmerie pour récupérer son neveu. Fidèle à son caractère, il ne se cache pas et n’envoie personne à sa place. Il se présente en personne, assumant pleinement ses responsabilités familiales. Mais une fois sur place, la situation bascule : au lieu d’obtenir la libération de son neveu, il est lui-même interpellé puis arrêté. Il est ensuite conduit au Secrétariat d’État à la Défense à Yaoundé.

D’après les membres de sa famille, cette arrestation aura des conséquences dramatiques sur sa santé. Anicet Ekané dépendait d’un extracteur d’oxygène. Or, selon les proches, il aurait été privé
de cet appareil lors de sa détention. Cette privation aurait provoqué un choc important, fragilisant gravement son état de santé et conduisant à son transfert à l’hôpital. C’est dans ce contexte qu’il entame les derniers moments de sa vie.

Sa petite soeur insiste toutefois sur un point essentiel : même affaibli, même confronté à la maladie et à la perspective de la mort, Anicet Ekané n’a jamais laissé transparaître la peur ou la faiblesse. Il gardait la tête haute. Il restait maître de lui-même, digne et calme. Il conservait son sang-froid, comme il l’avait toujours fait face aux épreuves. Aux yeux de sa famille, il est resté fort jusqu’au bout, refusant de se laisser réduire à l’image d’un homme brisé.

Son engagement politique, lui non plus, ne s’est jamais éteint. En août 2025, devant le Conseil
constitutionnel du Cameroun, lors d’un contentieux relatif à l’éligibilité des candidatures à
l’élection présidentielle, il prend la parole pour défendre la candidature de l’opposant Maurice Kamto, qu’il avait accepté d’investir comme candidat du MANIDEM à l’élection présidentielle du
12 octobre 2025. Cette prise de position témoigne de sa constance : même dans un contexte politique tendu et complexe, il reste fidèle à sa vision d’un changement démocratique.

Après le rejet de cette candidature, il ne se retire pas pour autant de la scène politique. Il participe à la création de la plateforme UPC (Union Pour le Changement) 2025 aux côtés de Djeukam Tchameni. Dans la continuité de son engagement, il apporte ensuite son soutien à la candidature d’Issa Tchiroma Bakary. Il accompagne ce dernier tout au long de sa campagne présidentielle, prenant part à ses déplacements et contribuant à l’élaboration des stratégies politiques. Jusqu’aux derniers mois de sa vie, il demeure un acteur engagé, actif dans les réflexions et les choix tactiques.

Ainsi, ses derniers instants ne peuvent être dissociés de l’ensemble de son parcours : un homme profondément attaché à sa famille, un militant convaincu, toujours présent dans les débats majeurs ; et un homme qui, même confronté à l’épreuve ultime, a tenu à rester debout, digne et fidèle à luimême.

Héritage

L’héritage d’Anicet Ekané se situe à la croisée de deux dimensions indissociables : l’homme politique engagé et l’homme naturel, avec ses élans, ses passions et ses contradictions.

Sur le plan politique, il laisse l’image d’un militant constant, qui n’a jamais cessé d’agir, même dans l’adversité. Arrestations, prison, recompositions internes, rejets de candidatures ou désillusions
n’ont pas entamé sa détermination. Jusqu’aux derniers mois de sa vie, il a continué à prendre position, à structurer des stratégies et à soutenir des candidatures qu’il estimait porteuses d’un
changement démocratique. Son héritage politique est celui de la persévérance et du courage, mais aussi d’une fidélité à ses convictions, quelles qu’en soient les conséquences.

Sur le plan personnel, il laisse le souvenir d’un homme passionné et profondément investi dans ce qu’il faisait. Dans sa jeunesse, le football occupait une place importante dans sa vie, révélant déjà son goût pour l’engagement collectif et le dépassement de soi. Dans sa vie familiale, malgré des parcours conjugaux complexes, il a reconnu officiellement ses enfants et assumé ses responsabilités paternelles, y compris à travers l’adoption. Ceux qui ont témoigné parlent d’un homme capable d’attachement, de protection et de générosité, même si son engagement public a parfois pesé sur son équilibre familial.

Sa dimension spirituelle, marquée par la conviction d’être investi d’une mission particulière, a également façonné sa manière d’être au monde. Elle éclaire son assurance, sa force intérieure et la certitude avec laquelle il défendait ses positions.

Enfin, l’image qui demeure fortement ancrée dans la mémoire de ses proches est celle d’un homme digne jusqu’au bout. Même dans l’épreuve, il gardait la tête haute et refusait de se laisser définir par la faiblesse. Son héritage n’est donc pas seulement politique : il est aussi moral. Il tient dans cette posture de fermeté, dans cette fidélité à soi-même et dans cette volonté de rester debout, quelles que soient les circonstances.